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Habiter, résider ?

Poterie du Don

Poterie du Don

Construire sa maison quand on est architecte, ne serait se pas la confirmation de l’adage « les cordonniers sont les plus mal chaussés » ? Mon propos aujourd’hui aurait voulu illustrer à contrario cette phrase lapidaire. Jacques Lacombe est un architecte de ma génération, jeune. (C’est de l’humour) Nous nous sommes croisés lors de rencontres syndicales, professionnelles… dans les années 80, mais lui a persévéré avec talent dans l’exercice libéral de la profession. Libéral ? Il a Jouer plutôt à libérer des idées, à débrider des préceptes ou à fissurer, lézarder voir pourfendre les concepts folkloriques qui plombaient, un tant soit peu, la commande publique en Aveyron dans ces années là.

détails
Bien que vous ne verrez pas d’image de sa maison pour illustrer cet article, je vais commencer par parler d’elle en vous racontant d’abord ce qu’elle n’est pas.
Dans ma première année d’école d’architecture, quelques années après mai 68, les ordres étaient mis à mal, il fallait bien faire la poussière tout de même, n’en déplaise à notre poupée vaudou de Président. Des profs plutôt libertaires et chevelus nous balançaient des préceptes puisés dans des pensées exotiques du genre « fait d’abord ta maison avant d’oser la faire pour les autres » ? Moi je n’y comprenais pas grand-chose et mon éducation catholique mortifère et charitable me faisait interpréter ces mots comme une exaltation au nombrilisme. Maintenant l’âge aidant, j’en comprends mieux la portée. C’était plus proche du « parle d’abord pour toi avant de parler pour les autres » ou « fait d’abord avant de faire faire ». La Maison de Jacques Lacombe est un peu comme une parabole (attention le judéo-chrétien se réveille), une métaphore qui révèle ces préceptes qualifiés d’exotiques plus haut.
Sa maison, « aile », n’est pas implantée au milieu d’un parc ou d’une parcelle, elle n’est pas sur une plateforme de gazon clôturée de sapinettes, elle n’a pas un toit en ardoise ou en tuile, elle n’est pas un enchevêtrement de volumes. Elle n’est pas une résidence mais « un outil à habiter » comme dirait de père Le Corbusier, un outil à vivre simplement sans vouloir en mettre plein la vue mais pour voir au dehors. Elle est comme un grand balcon en plein soleil quand il y en a (c’est à Rodez, moi j’habite Millau !) et elle s’intercale discrètement entre d’autres habitations, d’autres voisins en toute mitoyenneté. Le terrain personne n’en avait voulu pour construire : un « foutral d’arrapadou », un champ pour « tamarous ». Alors pour ne pas faire des mouvements de sol titanesques, il l’a perchée sur de fines échasses entre les jardins ouvriers des berges de l’Aveyron et le boulevard. Vous ne l’apercevrait peut être pas, elle ne raconte que ce qu’elle est, discrète, facile à vivre, protectrice comme une aile d’échassier…

Détails - Le Don - Entraygues (12)

Détails - Le Don - Entraygues (12)

Mais notre cher démiurge et son compagnon d’agence Michel de Florinier ont accompli quelques bienfaits, quelques ouvrages dont les images de Patrice Thébault révèlent par d’autres angles de vue des spectacles plus intimistes. Si la maison de Jacques Lacombe est discrète on ne peu pas en dire autant de toutes ces constructions. La beauté, l’émotion, l’intelligence… ne sont pas l’apanage de la seule modestie. Les cathédrales, l’Acropole… contrastent et navigues sur le quotidien de la ville en toute ostentation.
La nouvelle clinique Sainte Marie à Rodez, est un peu dans les mêmes principes d’accroche à la pente que la maison évoquée plus haut, mais ici le terrain verse au nord. Pour ne pas verser dans la dépression et la déprime, elle se pose sur des échasses plantées dans des angles variés, comme une dalle parallélépipédique de basalte. La peau, la vêture, le bardage en a été fabriquée avec des tôles ondulées : matériaux on ne peu plus ordinaire et plutôt évocateur des bidonvilles. « Peu importe la matière c’est la manière qui compte » et encore une auto citation ! J’y reviens toujours.
Ici l’intelligence, le lien aux lieux est dans le contraste, le spectaculaire. Comment, une masse si sombre posée sur des aiguilles ? Il est vrai que les architectures à ossatures peuvent faire illusion de masse et les parois légères dessiner des volumes imposants.
J’étais au CAUE (Conseil d’architecture d’urbanisme et d’environnement) quand le concours des archives et de la mission départementale de la culture a été lancé par le Conseil Général. C’est à cette époque là que j’ai rencontré plus fréquemment Jacques Lacombe. Il m’avait raconté son parti pris : Entre des pavillons très classiques de calcaire clair, intercaler une vaste entrée lucide aux archives autrefois obscures et à la culture missionnaire. Et le résultat est là, de verre et d’acier révélateurs.
On peu aussi faire des métaphores en architecture bien que le résultat soit souvent un peu kitsch. Ce n’est pas, bien sur, le cas de l’immeuble Thalassa à bourrant. Les pares soleil dessinent ici des vagues de cils pulsatiles, des branchies pour respirer la lumière. Ce n’est pas le cas non plus pour la Poterie au Don du Fel entre Entraygues et Montsalvy sur la vallée du Lot. Les bardages en tôles ondulées, ici aussi, sculptent le geste du potier, le tour de main, la terre cuite aux volumes désorientés, densité rassurante et généreuse.
On a la chance d’avoir à proximité des hommes de l’art comme Jacques Lacombe et bien d’autres, profitons en. Ils infirment l’adage « nul n’est prophète en son pays ».

vue d'ensemble

Au fait vous savez d’où ça vient le mot pays ? Et bien ça vient du latin « pagensis » qui désignait l’habitant. C’est ce que m’a révélé Jacques Privat, un très vieil ami par le temps mais très jeune par l’invention. Je travaille aujourd’hui au Parc naturel régional des Grands Causses avec un autre ami : Fabien Daunas, architecte paysagiste, nous fondons beaucoup de nos conseils en aménagement sur cette étymologie. Les paysages sont des lieux habités par les hommes et la nature. Souhaitons que, comme Jacques Lacombe, nous devenions des habitants, acteurs conscients et non des résidents envahissants et nombrilistes. Voilà encore mon côté judéo-chrétien qui se rapplique….
Didier aussibal

Tocade : N° 00 – diffusion gratuite

couverture n°00

Nous finalisons un nouveau projet qui sortira à la rentrée 2008 : Tocade, magazine culturel sur notre département et les départements limitrophes.

Ce magazine traitera de l’actualité culturelle, des lieux à vivre ou à visiter, de l’architecture, un portfolio, une recette de cuisine, un herbier, de la BD…. le tout dans un bel écrin de 96 pages avec une couverture 4 pages au format 24 x 26 cm -dos carré collé….

Plus d’infos rapidement car le 15 juillet sortira le N° OO : un concentré de 20 pages pour présenter le projet et faire une offre d’abonnement…
n’hésitez pas à revenir pour plus d’infos…