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Lionel Suarez, l’accord d’un colosse et d’un accordéon

Lionel Suarez - Broussy - Rodez (12)

Lionel Suarez - Broussy - Rodez (12)

Il est tombé dans un accordéon quand il était tout petit, Lionel Suarez. Avec un grand-père et un père accordéoniste, il ne pouvait pas en être autrement pour ce Ruthénois de presque 32 ans : le piano à bretelles, c’était fait pour lui. “Je n’ai pas eu le choix, on m’a enchaîné, rigole-t-il. Non, sérieusement, je ne me suis jamais posé de questions, l’accordéon, c’était quelque chose de normal.” Et de presque naturel pour cet alors petit bout de chou qui prend ses premiers cours d’accordéon à huit ans, et qui quatre ans plus tard a tout le profil d’un petit prince du musette. Lionel fait ses premiers bals à douze ans, des galas un peu partout en Europe, passe à la télévision dans les émissions populaires (Jacques Martin, Foucault, Drucker…), avant de rentrer au conservatoire de Marseille d’où il en ressort avec le premier prix.

Il passera ainsi plus d’une douzaine d’années à faire valser le populo dans une multitude d’orchestres musette ou de bal, mais bien souvent en accompagnateur, au clavier et à la basse, laissant le devant de la scène aux accordéonistes de profession. “Etre devant et jouer en souriant, je n’y trouvais pas mon compte”, avoue ce colosse au tempérament discret.
Il ne renie en rien cependant l’héritage de musicien de bal : “ça apprend vraiment la polyvalence, dit-il. Si on prend le bal comme une école, ça peut être une étude de styles, le genre de trucs qu’on n’apprend pas au conservatoire. Et puis, il est inutile de s’arrêter aux standards américains : le bal est riche en patrimoine, et puis je viens de là, et j’assume.
Le déjà grand Lionel est un curieux de nature, mettant sa propre patte aux cha-cha-cha et autre pasos. Tout, absolument tout l’intéresse, et entre deux javas, polkas, valses ou bourrées, il regarde autour et commence à jouer avec les compositeurs ou chanteurs du coin, et le voilà plongé, au fil “des kilomètres et des rencontres”, dans l’univers de la chanson réaliste. Il joue d’abord avec le chanteur toulousain Jehan, et de fil en aiguille, il va écumer les scènes de la Ville rose et rencontrer ses musiciens phares et jouer avec, comme Zebda, Sandoval, Art Mengo, et bien évidemment Claude Nougaro. Le colosse bonhomme à l’accordéon voltigeur est un boulimique, son emploi du temps se remplit considérablement. “Il faut être vif, s’avoir s’adapter”, convient-il. En 2002, il va s’installer en banlieue parisienne, et là non plus, ni sa curiosité, ni son agenda ne connaissent de répit. Depuis 6 ans, Lionel Suarez a joué avec des inconnus comme avec des vedettes : Lavilliers, Florent Pagny, Origines Côntrolées, Lio, Wally, Latcho Drom, Maurane et bien d’autres. Pour son actualité, il est l’accordéoniste du ténor Roberto Alagna sur un disque de reprises de chansons siciliennes, joue avec André Minvielle (encore pour les bals), et au théâtre, il accompagne Jean Rochefort. Les plans, les concerts, les enregistrements, ça ne manque pas, et il projette même de réaliser enfin un album plus personnel. Un éclectisme qui étonne : “On me dit que c’est n’importe quoi parce que je fais des choses différentes, mais en tous les cas, je joue toujours avec la même énergie.
L’accordéon, il ne le lâchera pas, jamais. Si Lionel Suarez devait pratiquer un culte, ce serait à son instrument : “Vous pouvez tout me demander sur l’accordéon”, plaisante-t-il. Et il s’en fait même l’avocat : “J’ai eu de la chance, je suis passé après le rock, au moment où l’accordéon revenait à la mode. Il est relativement jeune, puisqu’il date de 1829, et aujourd’hui, on ne discute plus sur ses qualités. C’est un instrument où il y a encore tout à faire, il reste plein de possibilités ans le jeu qu’on n’a pas encore explorées. C’est qu’il y ait encore un truc en 2008 où il y a des perspectives de jeu… L’accordéon, c’est l’instrument populaire de tous les pays : en Louisiane, au Brésil, en Italie, en Bulgarie… En France, on apprend la flûte au collège, autant dire que la musique, c’est du pipeau. Et il n’y a plus qu’un fabricant français, Maugein, qui fabrique 600 accordéons par an. En Chine, on en fabrique 8000 par mois, on l’apprend à l’école, et on rêve de jouer sur un accordéon français…”
Autant dire que l’accordéon a encore ici plusieurs cordes à son soufflet. Pourtant, les perspectives d’avenir ne manquent pas. A Paris, Lionel Suarez ne connait qu’une quinzaine d’accordéonistes de sa trempe, des évadés des bals musette qui ont “de plus en plus de mal à trouver des remplaçants”. “Pour un accordéoniste qui veut jouer de la musique et pas seulement de l’accordéon, il y a du boulot”, dit-il. Qualités requises ? “Etre curieux, avoir envie de rencontres.”
Même pas 32 ans, et déjà 20 ans de carrière, ça vous pose un homme. Lionel Suarez aurait pu avoir tout connu, mais seulement voilà : sa qualité de jeu l’impose sur toutes les scènes de France et de Navarre, et puis il y a ce foutu instrument, cet accordéon qui malgré vingt années d’accolades publiques et privées, garde encore pour lui bien des mystères et des musiques secrètes. Des musiques et des mystères pas si loin que ça des bals musette et des fêtes de village : “Je peux en refaire, sans problème”, assure Lionel. Même sans changer de bretelles.
Laurent Roustan

Un Bruit qui court, java par monts et par vaux

un bruit qui court

Il paraît qu’une bande de gens louches et peu scrupuleux, se faisant appeler « UN BRUIT QUI COURT », traîne ses guêtres dans nos campagnes, n’hésitant pas à capturer l’attention du malheureux qui vient à les croiser.C’est en l’an de grâce 2003, alors que les premières gelées blanchissaient les vastes pâtures du Sud du Massif Central que quatre jeunes gens décidèrent de se trouver une occupation afin de tuer le temps et de tromper l’ennui. N’étant pas suffisamment nombreux et musclés pour constituer une équipe de hockey sur glace et aucun d’entre eux n’ayant réussi à comprendre les règles du curling, ils jetèrent finalement leur dévolu sur la musique. Leur terrain de jeux, des chansons à textes aux teintes originales tant leurs influences sont variées.Jenny fit le deuil des poésies de Stone et Charden pour interpréter brillamment des textes inédits. Nico, grâce à ses relations dans le milieu de la guinche aveyronnaise, troqua son assourdissante cabrette contre un bel accordéon. Jeff se résigna à ne plus employer que le son « piano » de son clavier Bontempi, après que les autres aient arraché un à un les boutons qui lui permettaient d’utiliser des sonorités bizarroïdes qui ont données leurs lettres de noblesse aux tubes discos de années 80, et Laulo réussit enfin à sortir quelque chose de sa guitare et cessa ses beuglements « béruréens », même s’il postillonne encore beaucoup quand il chante.La petite troupe fut alors rejointe dans l’hiver 2004 par Roméo et sa contrebasse, qui avait besoin d’affection après avoir été injustement recalé au casting des « Choristes » en raison de sa prétendue petite taille, puis au printemps 2005 par Titi, qui retrouva sa région natale après trois tours du monde consécutifs en Citroën Visa 4×4. N’ayant pas les moyens de s’offrir une boîte à rythmes, le groupe fut rejoint en 2006 par Jaco et sa batterie, de retour de Lamotte-Beuvron où il voulait impulser un mouvement néo-punk chamanique à résonance mondiale.  Bref, un bien curieux attelage à découvrir à travers leurs chansons acoustiques tour à tour drôles ou mélancoliques, et qu’on peut trouver maintenant sur galette pur beurre sonore, pour la plus grande joie des oreilles volages.

JMF