Magazine TOCADE
UN ENGOUEMENT SOUDAIN POUR LES CULTURES DE NOTRE ÉPOQUEArchive pour juillet, 2008
Le cinéma de terroir ne manque pas de goût
Alain Guiraudie est quadra, et rien ne presse. Aveyronnais d’origine “exilé” dans le Tarn, sa passion pour la caméra ne le fait pas pour autant monter à Paris, fréquenter de trop près les médias et les producteurs. Non, il entend rester un cinéaste campagnard, presque un prototype qui ne verra jamais les chaînes de montage, dans un monde du 7e art où le parisianisme est plus qu’une question de mode : une question de survie. Il s’en fout, Alain Guiraudie. Avec trois francs six sous, à la débrouillardise, il fait mijoter son cinéma de terroir avec ce qu’il a sur la table, comme il reste des grands-mères qui font les meilleures soupes dans de vieilles marmites. Question de goût, et de cette manière-là, du goût, il y en a. C’est ainsi qu’Alain Guiraudie se fabriqua tout un petit monde onirique à partir de petits bouts de réalités bien épluchées. Après quelques courts métrages pour se mettre bien en bouche, en 2001, avec un budget minime, ce Jean-Pierre Coffe coco des bobines, plus amoureux des paysages de sa région que des studios de cinémas, se lance dans ses premiers longs. Du Larzac au Tarn, le monde très “social fantasy” d’Alain Guiraudie va se construire : “Du soleil pour les gueux” et “Ce vieux rêve qui bouge” sortiront à six mois d’intervalle, et le second lui vaudra le prix Jean Vigo, et quelques autres encore, à la quinzaine des réalisateurs de Cannes. Tout près du tapis rouge, qu’il reverra deux ans plus tard avec “Pas de repos pour les braves”. En 2004, c’est le dernier en date, “Voici venu le temps”, pas une vraie réussite mais qu’importe, Alain Guiraudie est à présent suffisamment connu d’une grosse poignée d’irréductibles cinéphiles pour poursuivre son oeuvre, aux bonnes odeurs d’épices locales. Il a pris soin de bien faire mijoter les ingrédients de son prochain film, “Le roi de l’évasion” qu’il tournera au mois d’août, du côté notamment de Saint-Antonin Noble-Val. En attendant, le 25 juin dernier en deuxième partie de soirée, les téléspectateurs assidus de France 3 (“la chaîne des régions”) auront pu voir son téléfilm, “On m’a volé mon adolescence”. Et avoir eu ainsi, pour ceux qui désertent les fast-foods des séries américaines, un avant-goût de la cuisine cinématographique, aussi traditionnelle qu’inventive, de cet homme tranquille.